Comme je l’ai dit précédemment et assez souvent, cette classe a un niveau extraordinaire vu que j’ai 3 lecteurs et qu’ils savent tous déchiffrer plus ou moins… en tout cas ils savent tous lire quelques syllabes… Ce qui ne veut pas dire pour autant que je n’ai pas d’élèves en difficulté mais je n’ai pas de cas catastrophique.
Alors que moi j’ai un CP extra, ma collègue de CP se retrouve avec des élèves au ras les pâquerettes… Et je suis plutôt généreuse puisque quand il s’agit de recopier un simple mot, elle a 3 élèves qui eux, font des ronds… oui c’est leur façon de recopier un mot… Faire des ronds. Quoique je soupçonne l’un d’entre eux de se foutre de la gueule de son instit puisque quand je prend la petite Nina en atelier, bizarrement, son écriture s’améliore ainsi que ses capacités.
Quand aux comportements, il n’y a pas photo. Je n’ai pas que des anges mais je n’ai pas à me plaindre. Ils savent tous travailler seuls alors que je travaille avec un petit groupe et c’est loin d’être le cas de l’autre classe, où la maitresse s’arrache les cheveux.
Je suis plutôt heureuse d’avoir cette classe malgré toutes les appréhensions de mes débuts parce que c’était un CP. Et même si je ne suis pas l’instit idéale, je pense que j'ai quand même pas tout rater et que j’ai contribué un peu à leurs évolutions.
Et dans mon élan “c’est le dernier jour avant les vacs, faisons la fête” Je me suis dit qu’un petit “question pour un bonbon” avec l’autre classe de CP serait assez sympathique.
J’ai donc convié l’autre classe de CP après la récréation de l’après midi pour mon petit jeu collectif et j’ai commencé mon question pour un bonbon en anglais comme j’en ai pris l’habitude avec les miens… matière qui n’a pas encore été abordé dans l’autre classe. En fait j’ai tellement pris le plis que quand il me réclame leur bonbon de récompense il me demande le parfum du bonbon en anglais même quand je fais un question pour un bonbon “lecture”.
Le jeu se passe toujours bien et le fait d’avoir plus d’élèves n’a pas changé les choses…
…
quoique
…
Après que les autres CP soient partis.
Alexandre: Maîtresse c’est pas juste! Pourquoi tu aides plus les autres CP et pas nous.
Lucia: Et pourquoi tu nous interroges pas un peu nous!
Louise: C’est vrai c’est pas juste!
Moi: Non mais attendez! J’ai aidé certains d’entre vous aussi! Et puis, c’est quand même sympa d’avoir accueilli les CP de l’autre classe et de jouer tous ensemble!
*silence de plomb* *regards en coin*
Moi: Je rêve! Vous ne pensez qu’à vous! J’ai autant joué avec vous qu’avec les autres et vous avez tous eu votre bonbon… Je ne vois pas quel est le problème!
Nathan: Oui mais tu es notre maitresse… et c’est notre jeu.
Je dois me rendre à l’évidence: mes génies sont tous de gros mauvais égoïstes pas partageurs.
Baaa… personne n’est parfait!
… ou on se dit qu’on est pas une si mauvaise prof.
J’ai pas l’air comme ça, mais je ne suis pas d’une très grande confiance en moi même. Et, à vrai dire, au vu de mes débuts chaotiques d’enseignantes, dépression et tralala, tout ça n’a pas aidé. J’ai toujours peur de mal faire depuis que je suis toute petite et ça va toujours en s’amplifiant. D’ailleurs mon corps reflète mes angoisses. Quand je suis rentrée à l’iufm, j’ai commencé a faire de l’eczéma sur le cuir chevelu… Depuis 2 ans, j’en ai sur le visage… J’espère quand même que ça se calmera avec l’expérience. ( j’ai pas assez confiance en moi pour dire que j’aurai un jour confiance en moi XD).
Aussi, quand j’ai su que j’allais avoir un CP, je dois dire que c’était un peu panique à bord dans ma tête. Parce que foiré un CP, c’est foiré l’entrée à la lecture et c’est de ça que dépend tous le reste de la scolarité.
J’ai toujours eu un peu peur qu’ils ne comprennent pas, mal, de travers… Enfin même si, par exemple, je leur apprenais à faire des multiplications et que toute la classe y arrivait plutôt bien, allez savoir pourquoi, j’ai toujours cette peur irrationnelle de savoir si c’est clairement bien compris. Et le gosse, il pourra faire des milliers de multiplications au tableau devant moi, j’aurai toujours un doute… ou je trouverais toujours moyen de trouver une angoisse ailleurs: Ils savent conjuguer?… ouai mais est ce que j’ai pas trop travaillé la conjugaison au dépend de l’expression écrite! Il savent multiplier? J’ai pas loupé un truc en géométrie des fois? Il font du français comme des malades?… Quand même… je suis pas sympa et je devrai leur faire un peu plus d’art plastique…
C’est comme marcher sur des charbons ardents ou trouver un équilibre impossible à atteindre. Je crois que j’aurai des doutes éternellement sur ce que je fais avec les marmots. En même temps, si je ne les avais pas, je pense que je n’aurai plus à faire ce métier.
Mais pour contre balancer toutes ses angoisses, y’a quand même les petits résultats qui flattent un peu l’égo.
Natercia, la petite portugaise, m’a appelé aujourd’hui “maitresse”… C’est le premier mot en français que j’entends sortir de sa bouche.
Elisa, qui pédalait sérieusement dans la semoule en arrivant, ne sachant ni son alphabet ni sa comptine numérique, même si en voyant la syllabe “BU” elle demande “C’est quoi cette lettre?” en montrant le B, dès qu’on lui dit elle arrive à lire la syllabe. Et avec tout son entrainement et son travail personnel, elle reconnait toute ses voyelles et quelques consonnes sans réciter son alphabet. Elle réussit presque a tous les coup à dénombrer jusqu’à 17 maintenant.
2 de mes non lecteurs de début d’année, arrivent a présent à déchiffrer des phrases simples. Un déclic assez rapide.
Sur mes 18 élèves, 11 de mes élèves arrivent à former des mots avec des syllabes simples seuls et 14 d’entre eux arrivent à lire des mots de 3 syllabes.
Tous mes redoublants démarrent leur année assez bien voire très bien alors que les autres enseignants doutaient réellement de leurs capacités.
Et enfin, et non des moindre… Ils sont quasi tous autonomes et tous impliqués dans la vie de la classe. Ils travaillent et s’occupent seul quand je m’occupe d’un groupe spécifique et respectent les autres en chuchotant. Si bien que je fais ce que tout enseignant déteste faire avec des élèves si jeunes parce qu’en général ca dégénère en bordel immense: de la peinture! Tout est rangé, nettoyé, lavé en moins de 20 minutes. Alors malgré toute les appréhensions, je le fais avec plaisir. Et eux ils sont bien contents.
Alors je veux bien… certes ils sont doués, ils sont pas méchants, ils perturbent pas trop la classe… Mais c’est un peu grâce à moi hein…un ti peu quand même. Un soupçon… un grain de poussières?
…
Tain j’ai l’impression que j’ai pas assez bossé les maths et la découverte du monde… >_<
Karim, 7 ans, redoublant.
Redoubler un CP c’est assez courant je trouve. Il faut dire que le cap n’est pas facile à passer. Il faut apprendre à lire et c’est plus difficile qu’il n’y parait.
Autant j’ai vu des redoublants où je me posait la question de la pertinence du redoublement, autant pour Karim, c’était assez évident: même les syllabes simples ne sont pas acquises.
Comme souvent quand on est zil, on a pas le passif des gamins. On atterrit et on se démerde. Alors on a tout un tas d’à priori.
Autant dire que le fait que Karim soit suivi par un orthophoniste n’est pas une surprise mais, du peu de ce que j’avais vu depuis la rentrée, son suivi psy m’interloquait.
Il est pas méchant. Peut être un peu sensible, un peu collant mais bon… Rien d’alarmant à première vu.
Aussi pour le peu de questions que j’ai posé des questions à mes collègues (avec qui j’ai peu d’affinités) on m’a dit qu’il était lourd, perturbateur, dissipé… bref une plaie.
Bizarre… J’ai connu bien pire. Il écoute et suit en classe moi… c’est loin d’être le meilleur mais c’est pas lui que je dispute le plus. Loin de là… baaa…
Le seul truc un peu embêtant c’est qu’il me dit plusieurs fois par jour “maitresse, t’es belle!” ou “maitresse t’es gentille, je t’aime beaucoup”…
Il est dans l’affectif quoi… y’en a beaucoup dans ce cas là.
Je discute de temps en temps avec la maman qui me demande comment ça va…
Moi: Oh ba quand quelque chose le perturbe, plus rien ne rentre mais bon, il est attentif et travailleur.
Maman : Ca me fait plaisir parce que c’était pas le cas l’année dernière. Je suis contente.
J’en venais à me poser la question si il avait été possédé l’année dernière et depuis exorcisé.
Mais lors d’une deuxième discussion avec la maman, le mystère fut enfin éclairci.
Maman: Comment ca va en ce moment Karim?
Moi: Ca va… un peu collant. Il me demande toujours de l’aide et de l’attention pour que je sois auprès de lui.
Maman: Ah bon? Vous me surprenez! L’année dernière il ne disait jamais rien à sa maitresse.
Moi: C’est curieux ça! Moi il me demande toutes les 5 minutes.
Maman; En tout cas je suis très contente parce qu’il a envie d’aller à l’école tous les jours. Il a hâte d’y aller. Et il vous aime beaucoup.
Moi: Ah oui… ça il me le dit souvent…
Maman: Faut dire que je lui dis souvent, vu que moi même je suis ronde que “les filles les plus belles c’est les grosses”… Et il me dit “tu sais ma maitresse, elle est grosse comme toi et elle est belle comme toi!”
Moi: Aaaaah… Tout s’explique alors! Voilà pourquoi il a beaucoup changé par rapport à l’année dernière. Je comprenais pas qu’il y ait une telle différence entre ce qu’on me disait de son année scolaire précédente et maintenant.
Maman: Vous croyez que c’est ça?
Moi: Ca me parait évident.
… Les mâles ou la recherche de la mère dans le regard et le comportement des autres femmes… Tous les mêmes…