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06 décembre 2010

Joël



Je vous parle souvent ici de la plupart de mes élèves des bons, des mauvais, des drôles, des casse pieds, des pauvres et des malins. Chacun de nous, enfants et adultes, on a tous un petit truc qui nous distingue comme un trait de personnalité ou une anecdote… Et c’est vrai  que dans une classe de 20 ou plus, y’en a toujours qu’on privilègie parce qu’ils ont des capacités et qu’ils peuvent expliquer aux autres, parce qu’ils rament au mieux… coulent au pire ou bien parce qu’on a envie de fracasser contre les murs tellement ils nous pourrissent la vie.
Et puis, il y a les autres. les timides, pas mauvais mais pas excellents. Pas participatifs bien qu’ils sachent la réponse… D’ailleurs c’est difficile de savoir ce qu’ils savent ou pas et on y réfléchit à deux fois avant d’exprimer ce qu’ils savent ou pas. Quand on s’en rend compte, on essaye de les interroger, de prendre un peu plus de temps pour eux mais ils se font rapidement oublier.
J’ai pensé tout de suite en voyant pour la première fois Joël que c’était un discret. De la plus pure espèce qui essaye de se faire oublier à la moindre occasion. Un calme, un doux avec quelques légères difficultés. Difficultés qu’ils comblent par un travail régulier. Bref on a pas vraiment de choses à dire scolairement parlant sur Joël.
Loin de moi l’idée de jeter la première pierre à mes collègues mais souvent quand il n’y a pas de difficultés scolaires, on ne fait pas plus attention que ça à un gosse. Pourtant au bout d’un mois, le comportement de Joël me chiffonnait.
J’aime bien observer mes élèves en récréation: qui fréquente qui? qui joue à quoi?…
Joël lui, est seul. Tous le temps. Quelques fois, des élèves viennent jouer avec lui. Pas toujours. Pourtant c’est pas la tête de turc de la classe, ni celui qui tapent les autres.
Au bout de quelques semaines, j’ai mis ça sous le compte de sa timidité. au bout d’un mois et demi, ça me chiffonnait et ça commençait à m’inquiéter… et plus ça allait, et plus il se renfermait même quand je disais aux autres de jouer avec lui.
Depuis deux semaines, ça ne m’inquiète plus: C’est au delà de ça. Ils suit les lignes tracées sur le sol de la cours, fait le tour des arbres, reste assis par terre, le regard dans le vide. Certains passent, l’incite à jouer… mais rien.
Alors qu’il y avait beaucoup d’absent, j’ai rassemblé les élèves  histoire qu’ils soient moins éparpillés et quand j’ai voulu le mettre avec les autres son visage a changé.
Moi: Qu’est ce qu’il t’arrive?
Joël: je suis en colère.
Moi: Pourquoi?
Joël: Parce que je suis triste et que je ne voulais pas changer de place.
Moi: tu veux rester tout seul à ta place?
Joël: oui.
La semaine dernière il a tenté de se faire enfermer dans la classe pour échapper à la cours. Il essaye de ne plus y aller parce que “il fait froid” ou qu’”il est fatigué”. Et tous les jours, ils négocient pour rester dans la classe ou sous le préau et ainsi éviter la récréation. Il dit lui même  qu’il n’aime pas ça.
J’ai donc alerté la directrice et elle aussi avait remarqué pendant l’étude qu’il était étrange et seul. Et pendant qu’elle tentait de joindre son ancienne maternelle, j’ai creusé le personnage en le prenant à part et en discutant avec lui.
L’école maternelle n’avait rien à dire de spécial. Ils ne se souvenaient pas spécialement des parents et le gamin “était pas mauvais et gentil”. RAS.
Quand à ma petite enquête et après une copie qui, comme toutes les dernières copies données est sale et mal écrite, ce qui n’était pas le cas en début d’année, je commence à lui poser des questions.
Je lui dis qu’en ce moment je le trouve souvent triste et seul et que ça me faisait de la peine de le voir comme ça. Je lui ai demandé si ça allait à la maison, si lui ça allait, si il aimait l’école.
Au début il a surement pris l’interrogatoire pour une punition puisqu’il m’a dit être triste parce qu’il était mauvais en classe. Ensuite, il m’a dit qu’il était triste à la maison parce qu’il vivait dans un petit appartement et qu’il préférait venir à l’école… ce qui m’a fait enchainer sur le fait qu’à l’école et dans la cour il était aussi seul et semblait triste.
Moi: Tu es triste tous le temps alors?
Joël: Oui.
Moi: Et qu’est ce qu’on pourrait faire pour que tu ne sois plus triste?
Joël: je sais pas.
Moi: Et tu n’aimes pas jouer avec les autres?
Joël: si. des fois. Mais je sais pas ce qui m’arrive des fois. J’ai pas de copains.
Au programme des prochains jours: remise des livrets et réunion spéciale avec la directrice et les parents… Et on va tâcher de glisser le mot “psy” dans la conversation parce qu’un gosse de 6 ans dans cet état, c’est vraiment pas normal.
 

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