08 avril 2012
Cette douleur que je connais si bien.
La dépression a été une étape douloureuse mais instructive dans ma vie (et je parle au passé car officiellement cela fait plus de 3 ans sans rechute donc je suis guérie médicalement parlant) Si j'en retire beaucoup de peines et de douleurs, et si les conséquences de la maladie sont encore présentes (hypersensibilité, méfiance et fermeture émotionnelle à toute relation amoureuse ou amicale "sans retenue"... c'est à dire que dans la mesure où, toutes relations construites depuis m’indiffèrent et que je peux très bien couper les ponts avec quelqu'un connut après cette période de ma vie du jour au lendemain sans que ça ne me fasse ni chaud, ni froid...), j'en retire au final de bonnes choses. Je me satisfais pleinement de ma vie actuelle même si elle n'est pas "socialement correcte" à savoir trouver un amoureux, me marier et avoir des enfants. Je n'ai aucun désir de ses formalités sociales et je ne les envie pas. Ma solitude me plaît et je ne comprend toujours pas pourquoi on m'incite tous le temps à m'en sortir malgré le fait que je clame partout être grandement satisfaite de ma vie actuelle. Quand les gens comprendront que la norme n'est pas une généralité, ils me feront signes.
J'ai toujours cru au fait que chaque être humain a un but dans la vie et qu'une "entité" (Dieu?) nous avait créé dans un but bien précis. Je ne crois pas que le mien soit de fonder une famille ni de satisfaire un mari, un chéri... Je ne suis pas fermée à cette possibilité, mais en ce qui me concerne je pense qu'elle est totalement inutile à mon épanouissement personnel (l'avenir me le confirmera, ou pas). Mon métier, dans une certaine mesure m'épanouit. Mes amis, dans une autre mesure m'épanouissent aussi. A part ça, rien. Mais je trouve ça suffisant pour le moment... ou presque... J'ai un autre domaine qui pourrait m'épanouir cent fois, mille fois plus, mais il demande de franchir un pas. Je suis encore "bloquée" et pourtant je pense ne pas être loin. J'ai effleuré cette épanouissement il y a quelques années et je m'y suis sentie tellement bien... la réalité fait que je m'en suis éloignée, mais je me rappelle encore des jours heureux et de la chaleur que tout cela me procurait. Peu de gens sont vraiment au courant de ce désir qui m’apaise, m'émeut et m'emplit de joie rien que d'y penser. Je ne souhaite pas réellement le révéler de peur que ce rêve idéal ne s'évanouisse, c'est un peu une petite bulle que je protège. Ce blog c'est aussi un peu effleurer ce chemin de vie et c'est pour ça qu'il a survécut toute ses années (même si je ne l'entretient pas des masses).
Ceci étant dit, je m'éloigne complètement de ce que je voulais dire à l'origine...
Si j'en viens à parler de ma dépression, c'est qu'elle vient de me rebondir dans la gueule assez violemment. Non pas que je retombe dans cet abysse infernal (dieu merci) mais plutôt que mon épisode dépressif est en train encore de me servir de nouveau pour la bonne cause.
Bien souvent, je parle ici de mes élèves et de mes collègues. des parents et de l'éducation nationale. Souvent de ce qui me choque, de ce qui me fait rire, de ce qui m'interpelle. Pourtant je parle très peu d'une personne que je vois tous les jours à l'école et qui participe pleinement à la vie de ma classe. Je fais référence ici à mon ATSEM. Vous savez, la petite dame qui aide dans les classes de maternelle à faire la peinture, à aider les enfants, à nettoyer la classe... Bref l'allier de choix des enseignants de maternelle, sans qui on serait inévitablement débordé.
Becky est mon ATSEM. Elle a 19 ans. Je l'ai rencontré il y a 3 ans pendant que j'étais ZIL et elle était alors en formation. Aussi, j'ai été assez contente de la revoir et qu'elle soit mon ATSEM pour sa première année en tant que titulaire. Comme tout débutant, elle est encore un peu hésitante. Il faut lui expliquer un peu plus qu'aux autres ce qu'on souhaite, elle manque un peu de méthode et elle bourdasse un peu parfois. J'ai beaucoup travaillé avec des ATSEM expérimentées donc du coup j'ai du un peu m'adapter et passer un peu plus de temps à lui expliquer les choses, mais elle a bon coeur, elle aime les enfants et surtout, son boulot lui tient à coeur. On a tous débuté et on a tous bourdassé en tant que pauvre bleu. Mais je pars du principe que si on fait de son mieux, tout ça n'est pas grave et avec l'expérience, tout s'arrange.
Becky n'est avec nous que l'après midi. Le matin, elle est dans une autre école, où j'ai aussi travaillé. Et c'est là que ça se complique.
Pour comprendre un peu ce qui arrive a Becky, je vais remonter 2 ans en arrière, un peu avant Noël. Je travaillais dans cette école pour 2 jours. Il avait beaucoup neigé et les enfants, au lieu de partir en récréation, regardait un petit dessin animé en salle de motricité parce que la cour était devenue une vrai patinoire. C'était quelque jours avant les vacances. La directrice... appelons la... Melle Mangin (si vous comprenez déjà ou je veux en venir grâce à ce nom, c'est que nous avons probablement les mêmes références télévisuelles... Si j'étais plus "littéraire" je l'aurais appelé "Miss Minchin" mais vous n'avez pas forcément lu le livre) est une espèce de tyran en son territoire, totalement dénué de sentiments... et selon moi totalement dénué de jugeote voir de cerveau. Elle devait ranger je sais plus trop quoi dans un endroit protégé et l'idée lui est venue de le mettre dans la réserve EPS de la salle de motricité.
Problème: Nous sommes en maternelle et dans cette réserve était conservé les cadeaux de noël des petiots en attendant la venue du Père Noël qui devait se faire le lendemain.
Un adulte "normal" aurait soit trouvé une autre cachette, soit attendu que les enfants sortent de la salle de motricité, pour sortir les cadeaux, les mettre ailleurs et mettre son bordel en place.
Ba non. Melle Mangin, elle, elle prend le chariot de cadeaux, le sort de sa réserve sous les yeux des gosses et dit "Regardez les enfants! Le Père Noël est passé, il a laissé les cadeaux mais vous les aurez que demain!"
Personnellement, j'étais assez effarée. Les autres enseignants ont parus être "habitués" et l'un d'entre eux à soupiré profondément. Ceci dit, j'étais ZIL et donc par nature, je n'étais que de passage. J'ai donc soigneusement fermé ma gueule pour évité de faire des vagues. Clairement, j'étais assez contente de me tirer vu ce qu'on disait de cette école, de Melle Mangin et le spectacle dont je venais d'être témoin.
Aussi quand j'ai su en septembre que Becky y travaillait, je l'ai mise en garde "Attention, Melle Mangin a sa réputation... Comme je te plains!"
Ceci dit cette réputation n'est pas qu'un avis personnel car, son incompétence est telle qu'un anecdote assez effarante a fait le tour de la circonscription: L'année dernière, Melle Mangin s'est fait inspecter en sa qualité de dirlo. Après moult critiques de l'inspectrice sur la gérance de son domaine, et pendant que Melle Mangin avait sa classe, elle prétexta partir chercher ses photocopies restés en salle des maîtres en disant à l'inspectrice "Vous pouvez me les garder une seconde s'il vous plait" en sortant de sa classe sans même attendre une réponse de l'inspectrice (j'oserai dire "What the Fuck!!!"). Ceci dit, ce n'est pas le pire: Les photocopies n'était qu'un prétexte: Melle Mangin savait bien que son inspection commençait sérieusement à sentir le roussit, si bien qu'elle n'est pas allé chercher des photocopies mais qu'elle s'est dirigé sans aucune hésitation vers (attention accrochez vous...) l'alarme incendie, histoire d'écourter cette inspection catastrophe. L'histoire est remontée à l'inspection académique sans réelle suite. C'est bien malheureux que même après une bourde aussi grosse, un fonctionnaire soit toujours aussi bien protégé.
Ai-je réellement besoin d'en rajouter sur les problèmes psychiatriques de Melle Mangin après ça?
Les problèmes de Becky ont fait surface très rapidement. Elle me disait déjà en octobre que son travail lui était pénible là bas et qu'elle ne voyait pas les après midi passés avec ma classe. Je ne m'alertais pas pour autant. Normal qu'elle préfère être avec nous: Elle me connaissait d'avant, l'école est chouette, les collègues aussi. Il y a donc tout un tas de raisons pour préféré un endroit plus qu'un autre.
J'ai commencé à m'inquiéter plus pour elle fin novembre, début décembre, quand ses congés maladies se sont répétés et que le peu de fois où je la voyais c'était pour se plaindre de la directrice et de l'enseignante avec qui elle travaillait dans l'autre école.
Pour avoir vécu un nombre de maladies incroyables avant le diagnostique de ma dépression (dont un zona assez impressionnant dans le dos, tellement étendu que comparable à une seconde varicelle), ses absences répétées commençaient à m'alerter sur son état de santé psychologique. Becky n'allait pas bien. Elle ne me parlait pas encore réellement de tout. Elle me disait juste qu'elle ne s'entendait pas avec l'enseignante qui ne lui épargnait rien. Certes les classes de maternelles se salissent vite, mais nous sommes là aussi pour enseigner aux enfants au minimum le soin du matériel et de l'équipement. Ne serait ce que ramasser du papier de découpage et nettoyer les éventuelles tâches de peintures au sol ou sur les tables, car Becky n'est pas là que pour nettoyer mais aussi pour aider les enfants dans leur travail. J'insiste pour qu'elle participe autant que moi aux activités de la classe. La bas, elle ne fait que le ménage... Et rien ne lui est épargné car les enfants ne sont pas priés de nettoyer un minimum leurs matériels. Elle n'y a d'ailleurs touché aucun cahier des enfants.
Si ça n'avait été que jusque là...
Car depuis quelques semaines Becky me pose des questions du genre "J'espère que je te suis utile hein?" "Je ne fais pas que les choses de travers?" "Tu me dis si j'ai fais quelque chose de mal?". Je suis sincère: Tout n'est pas parfait mais elle n'est que débutante. Normal que tout ne soit pas carré!
J'apprends alors que son calvaire l'achève lentement. L'enseignante se plains que la salle n'est pas assez propre, que tout n'est pas fait à temps et Melle Mangin s'en mêle pour en rajouter une couche. Becky essaye quotidiennement de faire de son mieux mais ça ne suffit jamais.
"Je comprend pas... tout se passe bien ici... hein? Là bas, je fais tout mal!"
La dépression m'a appris un truc primordial: Dans ce monde, il y a tout un tas de cons, mais surtout de vrais connards sadiques. Des gens qui font du mal pour le plaisir d'enfoncer quelqu'un dans la merde. Le tout c'est de les reconnaitre et de les éviter... du moins de les ignorer.
Aussi, quand Becky est un jour venu dans ma classe pendant la pause méridionale. J'ai senti qu'un truc n'allait pas et quand j'ai voulu un peu creuser, elle a fondu en larme: Melle Mangin en est venu à se plaindre directement à la mairie du travail de Becky.
Du coup, j'ai pris beaucoup de temps pour lui parler et lui expliquer que clairement j'étais trèèèèèès bien placée pour comprendre ses soucis.
Moi: Tu sais, elle est complètement tarée... je t'avais prévenu en début d'année. Tu n'as rien à craindre. Tu es fonctionnaire et tu ne peux pas te faire virer. Après, je sais que ça ne te soulage pas beaucoup parce que tu doutes surtout de toi. Avec moi ça se passe bien, même si tu bourdes mais c'est normal. Moi je suis bordélique et t'es déjà bien gentille de pas t'en plaindre. On a tous des défauts, on est pas parfait. Mais t'es loin d'être nulle. C'est juste une connasse et tous le monde le sait bien. Demande un autre poste pour l'année prochaine et tient encore quelque mois mais surtout ne prête pas d'intérêt à ce qu'elle peut dire.
Becky: Mais tu sais d'une certaine façon j'ai pas envie de partir parce que...
Moi: Parce que tu veux montrer que t'es plus forte que ça? Tu sais, quand j'ai commencé a allé mieux après ma dépression, j'ai voulu plusieurs fois contacter ma conseillère pédagogique pour lui dire que j'étais encore enseignante et que j'avais survécu malgré sa volonté de me détruire. Je voulais lui faire comprendre qu'elle m'avait fait du mal pour que d'autre après moi soit épargné. C'est mon psy qui m'a convaincu que c'était inutile. Ca serait donné de l'importance à ses actes destructeurs et ça amplifierai son sadisme parce qu'elle verrait que ça marche. Et même si ça me démange encore de ne pas lui avoir dit ses quatre vérités, au fond je sais qu'il a raison. Et puis je sais que tu t'inquiète: tu te dis aussi que si tu te tires sans essayer d'arranger les choses, les autres débutants qui viendront à ta place...
Becky:... Ils subiront ça aussi. Oui ça m'embête que des gens après moi vive ce que je vis.
Moi: Tu sais, il faut comprendre que ni toi, ni moi, ne sommes des "wonder women"... Qui es tu pour croire que tu peux sauver le monde? La première personne que tu dois sauver, c'est toi. Les autres, tu t'en fou. J'étais comme toi avant de me rendre compte qu'on était dans un monde d’égoïstes. C'est dur à entendre et à en prendre conscience mais c'est la réalité. Tu sais, si toute cette histoire ne te tracassait pas, je me poserai des questions. Mais ça te bouffe et si ça te bouffe c'est parce que tu veux faire ton travail correctement et que tu essayes de le faire bien pour les gosses. Ca prouve au moins ta volonté de bien faire alors qu'il est si facile pour nous, en tant que fonctionnaire, de rien glander parce que de toute manière on ne peut pas te licencier. Pense à toi, fait de ton mieux, continue toujours à te remettre en question pour progresser mais ne te fait pas détruire par des cons prétentieux. C'est normal que ça te touche mais il faut passer au travers.
N'empêche que même si j'ai eu l'impression de l'avoir consolé (et dieu sait que tout ce que je lui ai dit c'est ce que moi j'aurais voulu entendre... mais maintenant il faut qu'elle en prenne vraiment conscience) j'ai quand même voulut mettre mon grain de sel dans cette histoire. J'en ai parlé a super dirlo de moi.
Dirlo: Mais qu'elle conne cette Melle Mangin... Le truc c'est que je veux pas trop me friter avec elle parce qu'elle me fait chier aussi. La seule chose que je peux faire, c'est d'appeler la mairie et dire que ici tout va bien mais qu'a chaque fois qu'elle arrive de l'autre école, elle est toute démoralisée. Comme ça, la mairie a les deux sons de cloche et pas que du négatif.
*quelques jour plus tard*
Concierge: Tiens j'ai Becky pour toi au tel...
Moi: Allo.
Becky: Ouai... je viens de parler avec Melle Mangin. Elle me dit qu'elle a parlé à la dirlo de ton école.
Moi: Quand?
Becky: Hier.
*???*
Moi: et?
Becky: Melle Mangin m'a dit qu'elle pensait la même chose toutes les deux. Que je faisais du mauvais boulot et elle a convoqué ma chef.
*RAAAAAAAAAAAAHHHHH!*
Moi: Tu diras à cette pouffiasse de mythomane d'arrêter de lécher le tableau parce que ça lui donne de graves problèmes neurologiques: Notre dirlo est absente depuis hier et pour deux semaines. Elle est en congé maladie. De plus, si elle veut un avis sur ton boulot c'est à MOI qu'elle doit demander ça et je serais ravie de lui toucher et en ta présence. Tu te doutes bien qu'elle ment quand même puisque notre dirlo a parlé avec toi et t'as rassuré. Ne crois pas un mot de ce que cette pouffiasse peut te dire. Elle mériterait bien quelques coups de poing dans sa gueule cette connasse.
Ca me démange... Mais ça me démangeeeuuuuuh!
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