
La ville où je travaille s’active tous les ans pour le Téléthon. Je ne suis pas du genre à dire de contribuer à telle association. Je donne mon sang, j’ai fait savoir à ma famille que j’étais donneuse d’organe, il m’est arrivé de donné à des gens dans la rue ou de donner a des associations caritatives mais ce n’est pas un réflexe automatique.
A vrai dire, le téléthon est une des dernières associations a qui je donnerai des sous: Y’a tellement de misère dans le monde et ils gagnent tellement d’argent une fois par an que je préfère donner à des associations sérieuses et un peu moins connues.
Bref, à cette occasion, les écoles se mobilisent et hier, en échange de 1 euros pour l’association, un gamin recevait un pain au lait, une barre de chocolat et un bonbon.
Se pose un dilemme récurrent: Dans un quartier comme celui ou se trouve l’école, 1 euro, c’est 1 euro et quoiqu’on en pense, c’est pas toujours facile de le sortir d’une poche et nous les instits on le voit tous les jours: quand le gamin porte les chaussures du grand frère 3 fois trop grandes ou quand il a toujours pas de crayons de couleur depuis la rentrée ou quand par inadvertance la facture EDF se retrouve à l’intérieur d’un cahier de poésie et que le montant représente plus de deux fois la paye mensuelle d’un instit à savoir 3326 euros.
Alors voilà: donner c’est bien quand on peut… et les autres? Bien sûr c’est important pour ces mômes de comprendre que pour se nourrir, se vétir, se divertir et bien il faut payer. Ca explique la valeur de l’argent. Mais moralement, ces pauvres gamins qui ne peuvent pas donner, ce sont eux qui ont le plus besoin de recevoir aussi.
Alors on fait quoi pour ceux qui n’ont pas donné les sous? On leur explique la valeur de l’argent et on donne aux autres qui restent pour eux virtuels mais pas à eux alors qu’ils en ont besoin?
La veille de l’évènement, je me suis dit “Bah… pour ceux qui ne donneront pas, je leur ramènerais un paquet de biscuit et un paquet de bonbons comme ça tous le monde est content.”
Pourtant dans une classe de 20, la très grande majorité de la classe a participé. Seuls 5 d’entre eux ne m’ont pas rapporté l’argent ou partiellement.
Mais il s’est passé un évènement auquel je ne m’attendais pas.
Alors que je demandais les différentes participations, je demande à Omer si il a l’argent pour le petit gouter. Il me dit oui, s’approche, et, alors que je tends ma main pour recevoir ses sous, une pluie de pièces de bronze, de 1 et 2 centimes tombent en faisant de discrets petits cliquetis… un amas de petites pièces loin d’être suffisante et qui sentait les fonds de tirelires et de tiroirs voir de dessous de coussins de canapé…
Moi: Ok… écoute, reprends tes pièces parce que tu n’as pas assez. On va se débrouiller. Ne t’inquiète pas.
Dans ma tête, ni une ni deux… quitte à y mettre de ma poche pour sauvegarder ma toute petite coopérative, il allait l’avoir son gouter… et les autres qui n’avaient pas les sous aussi. Ils n’ont pas l’âge de comprendre ça. Ca ne devrait même pas leur effleurer l’esprit.
Et pourtant le petit Joshua, s’approche alors discrètement de mon bureau et me souffle à l’oreille.
Joshua: Maîtresse… et si Omer ramène les sous lundi… tu peux lui donner son gouter aujourd’hui?
…pfiou…
Moi: Ne t’inquiète pas… tous le monde aura son gouter.
Et quand la récolte des sous fut terminée, il fallait bien expliquer.
Moi: Bon écoutez les enfants. Je vais faire quelque chose qui n’est pas très juste pour tous le monde. J’ai un peu de sous dans mon porte-monnaie pour ceux qui n’ont pas l’argent pour le gouter. C’es moi qui vais payer à leur place pour que tous le monde puisse avoir son gouter. Ce n’est pas juste parce que je paye que pour 5 enfants et les autres ont du payer eux même. Est ce que tous le monde est d’accord pour que je leur offre le gouter?
Pas d’hésitation puisqu’un oui général retentit.
Moi: Par contre c’est un cadeau… alors pour ceux à qui je donne le gouter, j’attends un mot magique!
Et toute la classe à dit merci…
On a tous à apprendre certaines valeurs des gosses…
1 /20 en progrès!:
t'es vraiment une maicresseuh extraordinaire, tu sais...
ça réconcilie avec la profession des collègues comme toi, parce que dans les 6 ou 7 salles de profs (collèges, lycées, BTS...) que j'ai fréquentées, c'était pas vraiment le même esprit.
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