10 octobre 2011

Heureuse coupable et inquiète.



Aujourd'hui, il s'est passé quelque chose que je ne reverrai sans doute plus dans ma carrière. On peut s'en réjouir et en être triste en même temps. On peut se sentir libérée et empli de remords en même temps.

Tout avait commencé comme d'habitude: accueil, atelier de langage, récré et bataille avec Kidzilla pour qu'elle mette ses chaussures et son manteau, atelier, puis départ à la cantine ou rebataille avec Kidzilla...13h30 on remonte en classe... temps de repos où Kidzilla pousse des cris comme si le silence ambiant la stressait. à 14h50 on vient la chercher... oui parce que pour le bien de tous, surtout pour moi et ma classe, Kidzilla fini sa journée en petite section des qu'ils se réveillent. Puis je pars en récré et je fini ma journée par une séance de sport en salle de motricité où j'ai commencé une séquence de lutte.

16h10 Je remonte dans la classe et je croise la directrice.

Là on m'annonce l'improbable. On me dit cette chose que je n'entendrais probablement plus jamais tellement cela est rare: L'inspectrice approuve la demande de déscolarisation à mi-temps de Kidzilla.

Une déscolarisation par un inspecteur s'est aussi rare que de croiser... une 2 chevaux dans la rue en 2011... peut être plus encore.

Pire. On m'a sous entendu que si j'avais demandé une déscolarisation totale, on me l'aurait accepté.

L'expression "avoir un poids sur les épaules" a pris tout son sens. Quand on me l'a dit, d'abord, je ne l'ai pas cru, puis quand j'ai réalisé, j'ai eu la sensation que les muscles et les nerfs de ma nuque s'étaient soudainement détendus. Je me suis sentie allégée, j'ai levé les bras au ciel et j'ai répété "Oh ouiii! OUIIIIII!"...

Mes élèves ont pas tout compris. XD

Tout de suite j'ai pensé "enfin"... c'est un peu comme si on reconnaissait ma souffrance et la sienne et qu'enfin on me dise "Tu as besoin d'aide. Elle a besoin d'aide. Cette situation ne peut pas durer."

Rapidement cette victoire a pris un goût d'amertume. J'ai eu malgré tout des petits progrès comme le fait que le nombre d'injures a fortement baissé. Elle vient à présent se ranger avec les autres au lieu de fuir quand la fin de récré sonne... Des toutes petites choses...de ci....de là...

Je ne peux pas m'empêcher de voir le bon alors que je subi beaucoup... Et la retirer de l'école à mi temps c'est comme si je dévalorisai ses tout petits progrès qui pour moi ont une importance folle. C'est comme si je lui disais "Tu fais des efforts, mais je m'en fou"...

Je me sens un peu coupable presque d'avoir ressenti ce poids s'envoler. J'ai beau me dire que j'ai tenté beaucoup et que j'ai été immensément patiente, un petit morceau de moi a ce sentiment d'abandonner face à la difficulté qui ne me ressemble pas mais qui me mène a beaucoup souffrir à chaque fois parce que je ne suis pas super woman... et que ça serai tellement bien si j'étais plus forte.

On ne peut pas vraiment se réjouir d'en venir à ce point. Un évènement si exceptionnel ne peut avoir que des circonstances tout aussi exceptionnelles.

Car oui je suis maîtresse. Je suis là pour qu'ils entrent dans des apprentissages scolaires et non pas pour les rééduquer.
Je suis là pour passer de bons moments en discutant, en jouant, en découvrant avec eux... pas pour me battre, pour me faire insulter, pour m'acherner à obtenir un "pardon maitresse" après 3/4 d'heure de hurlements.
J'aime ce que je fais et je pars à l'école avec le sourire... pas en somatisant avec des maux de ventre, des maux de dos parce que même si je veux sauver cette gosse je sais que c'est impossible dans ces circonstances.

Je suis là pour 27 élèves... Pas pour 1 seule.

Tout ça, je me le dis et je me le répète... Mais au fond je me sentirai toujours coupable. Ce n'est pas moi qui ai mis ces insultes dans sa bouche... mais je me sens coupable de ne pas pouvoir les arrêter... C'est comme ça.

Il reste une chose à faire à présent: l'annoncer à la maman jeudi.
Et ça, ça m'inquiète. Même si cette femme n'a pas fait son travail d'éducation correctement, lui annoncer cette mesure c'est aussi la poignarder quand aux petits efforts qu'elle a fait pour que sa fille ait accès aux soins... Certes, c'est un peu tard maintenant mais quand même.

Que va t'il advenir de Kidzilla quant elle ne sera plus à l'école. Sera-t-elle soignée, suivie? Sera-t-elle abandonnée de nouveau? Régressera-t-elle d'autant plus?

Car oui, ça ne résous pas tout, et si ce retrait mènent encore à la régression de Kidzilla, je me sentirai encore et toujours coupable... Car au fond, cette petite, j'y suis attaché. Je lutte avec elle. Je souffre avec elle.

Je me rappelle encore jeudi... ce jour ou j'ai craqué et ou en début d'après midi elle me demande avec insistance "Qu'est ce que tu fais maîtresse?" et que je lui répond d'un ton calme et monocorde que je ne peux pas, que je n'arrive pas à lui parler parce que je n'ai pas accepté ce qu'elle m'a fait subir en matinée, et qu'elle me répond, toujours en parlant d'elle à la troisième personne "Ah ba oui parce que Kidzilla méchante. Kidzilla dit des gros mots. Maîtresse triste."

Comment ne pas craquer, ne pas s'attendrir face à ce petit bout de petite fille qui, même si elle vous fait subir des atrocités, comprend tout? Elle ne se contrôle pas... Elle est juste comme ça au fond, c'est tout.

1 /20 en progrès!:

Anonyme a dit…

ah ça m'attriste beaucoup ce qui t'arrive, ce qui vous arrive...et tu lui as tout expliqué a "kidzilla"? pourquoi ce choix... etc?
j'espere que cette separation sera positive poyur elle comme pour toi!
bises copine et courage!!

emilie

 

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