
Le plaisir d'être prof c'est de tisser des liens avec des élèves et pas avec son tableau. Plus je fais des missions de zil et plus j'aime ça à vrai dire. Je me demande si je ne suis pas faite pour être Zil au fond...
Un des gros avantages à se balader dans pleins d'écoles c'est de s'enrichir de tous le vécu des différents mômes que ce soit de bon comme de mauvais. Mais mon grand plaisir d'être ZIL c'est aussi de me permettre de faire des trucs plus cool avec les mômes et d'agir plus dans le relationnel.
Alors c'est sur qu'en deux jours, on peut pas connaitre toutes leurs vies, mais déjà en entrant dans une classe on repaire deux trois petits détails:
- le môme esseulé, celui qui est dans une table individuelle loin du prof. Celui que j'appelle "l'enquiquineur" car il est universellement reconnus que plus tu gonfles l'enseignant et plus t'es loin du bureau et plus t'es seul. Celui que l'enseignant prendra sous son aile au début en se disant: "si il me gonfle, c'est qu'il a des difficultés... je vais l'assoir près de moi le pauvre petit" Et puis, au fil des semaines le bureau individuel s'éloigne pour se retrouver au fin fond de la classe et le discours se transforme en "Au moins, là où il est, il fera pas chier les autres!"
- Les rêveurs, ceux qui sont placés au centre et bien frontal au tableau. Ceux qui au simple passage d'une mouche en face d'eux, la suive des yeux. Celle ci se colle à la fenêtre cherchant à sortir. Comment cette satanée mouche ne comprend t'elle pas que cette fenêtre l'empêche de sortir? Et pourquoi elle se cogne sans cesse? Une mouche ressent elle la douleur lorsqu'elle se cogne sur la vitre pour répéter celà sans cesse? Pourquoi s'engouffre t'elle dans le rideau cette conne de mouche? et surtout dans le coin là? Elle sent pas le courant d'air de la fenêtre d'à côté cette greluche? Vas y bon sang! l'ouverture est à côté!!!... hein quoi? s'quel cahier qu'on doit ouvrir?
- Le muet ou "l'oublié"... celui au fond de la classe, qu'on oublie et quand on soit remplir le carnet on a un instant d'arrêt et on se dit "tiens faudrait peut être qu'on l'interroge un jour!" celui dont on remarque à peine l'existence. Qui s'en sort malgré tout...
De ce fait, j'y peut rien, mais quand je rentre dans une classe j'ai déjà tout un tas de préjugés sur lequel va me gonfler, lequel est en difficulté...
J'aime bien m'attarder sur les oubliés... moi même ayant été une oubliée dans ma scolarité (on croirait pas comme ça) Je me dis que si un zil ne servait pas au moins à faire ressentir qu'un oublié n'est pas à exclure, c'est déjà pas mal.
J'ai eu dernièrement une oubliée comme ça... Je suis restée deux jours dans cette classe. Et finalement, quand on regarde un oublié on peut connaitre certaine chose. Car cette oubliée est bien particulière.
Il n'est pas normal en effet, lorsqu'on se reçoit une gomme dans la tête de mettre une demi heure à s'en remettre sans se plaindre... avec visiblement la tête qui tourne.
Il n'est pas normal, d'avoir besoin de s'assoir systématiquement après avoir traversé la cours à petit trot et d'avoir tant de mal à récupérer.
Est il vraiment normal qu'à 10 ans on nage dans un jean slim?
Et enfin, est il vraiment normal quand on vous demande "tu as mangé ce midi?" de répondre "Un peu. Je n'aime pas mangé." qu'on ai 6, 10, 20 ou 50 ans?
Être zil c'est avoir du recul sur énormément de chose et pouvoir remarquer ces petites choses... mais c'est de grandes frustrations. Car la seule chose qu'on peut faire c'est, quand on s'en va, laissé une trace sur ce qu'on a fait sur le cahier journal et y ajouté des petits commentaires comme: "La petite ne mange pas. Elle m'a dit ne pas aimer manger et fait des petits malaises. anorexie?" suivis de ses coordonnées de zil.
Puis ensuite il faut partir... sans ne plus jamais avoir de nouvelles...
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